Le mardi 2 août 2016, je vais consulter mon médecin à propos d’un durcissement de mon testicule gauche, que je constate depuis deux semaines environs. Après un examen rapide, elle préconise une prise de sang et une échographie. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il peut s’agir tout simplement d’un kyste ou d’un canal obstrué. Malgré tout elle demande un dosage des marqueurs cancéreux afin d’éliminer cette possibilité. Il y a peu de chance qu’on ait affaire à cela, certes, mais j’y ai évidemment pensé avant d’aller la voir. Je me suis même renseigné en allant glaner des informations sur le web. J’y ai appris que le cancer du testicule est très rare, et que le pic de risque se situe entre 15 et 35 ans. J’échappe de peu à cette fourchette, et quand bien même ça ne suffirait pas, je suis également rassuré en lisant systématiquement que c’est un des cancers qui se soigne le mieux, avec un taux de guérison qui dépasse les 95% tous stades confondus. Quasiment du 100%, même, dans le cas d’un diagnostic précoce. Ce que m’a d’ailleurs confirmé mon médecin. Et même si ça doit être un cancer, c’est celui-là qu’il faut avoir !
En sortant de son cabinet je fonce faire la prise de sang. Je pars en vacances le samedi suivant et j’espère bien avoir les résultats avant, pour partir l’esprit tranquille. Les dosages des marqueurs aFP et HCG ont été demandés, en plus de quelques taux comme la LH ou la testostérone. La jeune femme qui m’accueille au laboratoire m’indique que le dosage des HCG sera fait sur Paris et qu’il faudrait un délai de 3 jours environs pour les avoir. Je lui explique mon planning et elle me précise que si ça n’est pas prêt pour samedi, alors je pourrais tout de même passer récupérer les résultats partiels disponibles.
Je tente ensuite d’avoir un rendez-vous pour une échographie. Parmi les quelques centres que je contacte, la première date disponible est le 22 août. Je trouve dingue qu’il faille attendre tant de temps, mais je me souviens que c’était déjà le cas pour les échographies de ma copine lors de sa grossesse.
Entre le mardi et le vendredi : mon imagination s’emballe, très rapidement et sur une pente assez désagréable. Je consulte tout ce que je peux trouver sur le cancer du testicule, ses symptômes, ses marqueurs. Je tâte régulièrement ma pauvre roubignole pour surveiller les éventuelles évolutions. Je suis sur des montagnes russes, passant d’un pessimisme radical à un optimisme constructif ou une confortable relativisation.
Le vendredi, toujours pas de nouvelles des résultats de la prise de sang. Je ne tiens plus. Je vais récupérer les résultats déjà disponibles. Les dosages hormonaux sont normaux, ainsi que le marqueur aFP. Il ne manque que le marqueur HCG, dont les résultats parisiens ne sont pas encore redescendus. J’en suis donc toujours au même point, et le suspense est insoutenable. Si j’ai le temps de devenir célèbre mon biopic sera bien plus palpitant que beaucoup d’autres.
Je téléphone à mon médecin pour lui faire part de mes avancées, comme elle me l’avait demandé. Elle me dit que de toute façon c’est l’échographie qui compte. Je lui demande si je dois annuler mes deux semaines de vacances – nous sommes la veille de mon départ – mais elle semble trouver cela aberrant. J’attendrai le 22 août et l’échographie. De son côté elle m’informe qu’elle sera aussi en vacances, jusqu’au lundi 29.
Le samedi matin, nous partons en vacances. Evidemment je n’ai que mon testicule en tête – si j’ose dire. Sur mon téléphone je consulte frénétiquement sites et forums afin d’essayer d’interpréter mes résultats partiels. Je comprends vite qu’ils ne veulent rien dire sans le dosage manquant, et même avec celui-ci, bon ou mauvais, seule l’échographie pourrait en dire plus sur mon état. Il n’existe pas qu’un seul type cancer (pour le testicule ou quelque soit l’organe touché) mais plusieurs, plus ou moins agressifs, aux pronostics divers et produisant plus ou moins de marqueurs. Pire, une prise de sang avec des taux normaux ne signifie pas l’absence de cancer, tout comme leur hausse n’implique pas systématiquement l’inverse. En théorie, même si je disposais de tous mes résultats sanguins je devrais attendre l’échographie pour en savoir plus. Ça ne m’empêche pas d’appeler dès le lundi pour qu’on me les communique. On me passe une biologiste, qui m’informe des deux résultats. Oui, deux, car les marqueurs HCG sont de deux types, aux libellés un peu obscurs : « Hormone gonadotrope chorionique (dimère Alpha-Beta) » et « sous-unités beta-h.C.G libres ». Le premier dosage est correct, mais le deuxième est à 0,11 alors qu’un taux normal est inférieur à 0,1. La vache… 0,01 au-dessus, sans que je n’aie aucune idée de ce que ça peut vouloir dire. D’un point de vue purement mathématique ça n’est pas grand chose, un centième. Je dépasse la limite d’un poil, un peu comme si je passais un petit doigt de pied derrière la ligne jaune, mais il s’agit d’un dosage et au téléphone je n’ai pas vraiment compris l’unité.
Qu’en conclure ? C’est grave, ce 0,01, ou pas ?
Les deux semaines de vacances avant l’échographie vont être très longues. Je me dis que si c’est un cancer, alors il doit être traité très vite. Je calcule qu’entre le moment où j’ai découvert le durcissement et l’échographie il se sera passé un mois, et une semaine de plus si je dois attendre le retour mon médecin pour savoir quoi faire. Régulièrement je vais sur le net pour tenter d’en apprendre plus. J’ai même déposé un message sur un forum pour obtenir des avis sur mes résultats et les deux semaines de battements dues aux vacances, qui me semblent critiques. Les quelques réponses ont été « rassurantes », en quelque sorte, dans le sens où ces deux semaines ne changeraient pas grand chose, dans un sens comme dans l’autre.
J’ai pensé à ma mort, à ma vie, j’ai envisagé le meilleur comme le pire. Avec le recul je réalise que mes recherches m’ont systématiquement conforté dans mon optimisme ou mon pessimisme. Dans les moments où je relativisais j’ai effectivement trouvé de quoi me consoler, avec d’excellentes statistiques de mon côté, et quand ça n’allait pas j’ai toujours réussi à dénicher des témoignages dramatiques pour apporter de l’eau trouble à mon triste moulin. Tout et son contraire. J’ai beaucoup appris sur les cancers des testicules en général, mais rien sur ma situation. Si quelqu’un atterrit sur ce billet alors qu’il est en quête de réponses, dans l’attente de résultats d’examens, je ne peux m’empêcher de lui conseiller de déconnecter en attendant les réponses de vrais professionnels. Sur Internet il trouvera des avis, des témoignages, des retours d’expériences, mais il est évident qu’aucun diagnostic fiable ne sera à attendre. Chaque cas est particulier, surtout avec cette maladie. Je suis mal placé pour donner ce conseil, qui ne sera sans doute pas suivi et j’aurais été incapable de le suivre moi-même, mais c’est un point essentiel de mon propre retour d’expérience. Je ne peux ni ne veux faire la leçon, et je sais qu’il semble réconfortant de chercher à se rassurer. Le souci est que si l’on peut effectivement trouver des réponses qui vont dans notre sens, la somme d’informations en ligne peut également nous noyer et faire un peu trop travailler notre imagination. D’autres ont sans doute fait les mêmes recherches que moi sur le net et ont dû finir par s’auto-diagnostiquer un cancer alors qu’ils n’avaient en réalité rien du tout.
Pendant ces deux semaines de vacances des bosses sont apparues à la surface de mon testicule gauche. Là, par contre, je ne trouvais plus rien pour me rassurer.
Lundi 22 août 2016, je passe enfin mon échographie. Je fais un bref résumé de la situation au type chargé de m’appliquer du gel sur les testicules, puis il pose sa douchette à la surface du suspect. Il ne met pas beaucoup de temps à confirmer mes doutes. Je pensais m’y être préparé, mais dans un coin de ma tête j’espérais évidemment m’être trompé, et ensuite ressortir de là en me frappant le front de ma paume, m’en voulant d’avoir été un si piètre oncologue. J’explique au radiologue que mon médecin ne revient que lundi prochain, mais il me répond que de toute façon une semaine ne changerait rien. Le cancer est là, à se développer silencieusement, depuis plusieurs mois. Il cherche des ganglions suspects dans la zone alentour, en vain. Nous terminons l’entretien sur ce point positif.
C’est très paradoxal, et peut-être que je ne réalise pas vraiment ce qui est en train de m’arriver, mais j’éprouve un certain soulagement à avoir enfin cette réponse. Ne rien savoir, supposer, c’est l’horreur. D’autres questions se posent, mais c’est un peu moins flou. Reste par exemple à déterminer quel type de cancer s’est agrippé à moi et à quel stade il se trouve actuellement. Il n’y a pas trop de doute en ce qui concerne le devenir de mon testicule malade. Appelée « orchidectomie », l’opération s’effectue en ambulatoire ou avec un court séjour d’une nuit.
En attendant, que faire ? Vivre et profiter, sans doute. Ainsi, si par malchance je dois faire partie de la très petite minorité à succomber à ce cancer alors j’aurais vécu au mieux avant de partir, et si je m’en sors alors je n’aurais pas perdu du temps à me prendre la tête inutilement. C’est un peu mon pari de Pascal.
Je m’accroche aux statistiques, objectives, qui donnent donc une guérison à plus de 95% de ce petit souci testiculaire, faisant de lui le moins mortel (comme l’explique par exemple cet article) des cancers. Bien sûr je ne m’attends pas non plus à une partie de plaisir. Le chemin peut être long, mais pourquoi se priver d’optimisme dans ces conditions ?
Je commence ce blog sans vraiment savoir jusqu’où il ira, mais j’essayerai d’y consigner au mieux les étapes de cette aventure, quelle qu’en soit l’issue. Peut-être servira-t-il à d’autres, qui comme moi se sont défoulé sur les moteurs de recherche pour trouver des informations, de l’aide ou du réconfort.
Prochaine étape le lundi 29, au retour de mon médecin.
Bonjour,
Pour ma part je sentais depuis 4 mois que mon testicule était induré et je ne m’inquiétais pas plus que ça, la douleur m’a poussé à consulter…
On m’a diagnostiqué une tumeur après échographie le 12 août.
Depuis, il y a eu une évolution…
Si vous voulez en parler plus amplement, n’hésitez pas à me contacter.