Le corps et l’esprit

Quelques nouvelles après un an et demi de silence. La première chose à dire est que niveau santé tout va bien. Je continue à effectuer mes examens de contrôle tous les six mois, accompagnés d’un rendez-vous avec mon urologue en alternance avec mon oncologue. Le risque de récidive, déjà très faible, ne cesse de décroître.

A la fin du précédent article, daté du 28 août 2017, je concluais en disant que tout allait bien. C’était le cas, mais peu de temps après tout a commencé a changer dans mon esprit. Du moment où j’ai appris le diagnostic de mon cancer, une année folle est passée. Pour rappel, l’opération est arrivée très vite, s’est très bien passée, de même que la chimio adjuvante. Suite à cette dernière j’ai pris un congé de quelques semaines pour me reposer, pendant lequel ma compagne et moi avons visité et acheté une maison. S’en sont suivis la vente de notre appartement, la concrétisation de l’achat, l’organisation et la réalisation des travaux, et même le changement de notre voiture. Moins d’un an après le diagnostic et après tout cela, nous étions dans notre nouvelle maison. Le soufflet est enfin retombé, et tout est parti en vrille.

Sans m’en apercevoir, mes envies ont changé. L’envie de sortir, de rencontrer de nouvelles personnes, de vivre différemment. Je ne m’attarderai pas sur les détails, par pudeur et peut-être par honte, mais j’ai lentement dérivé vers autre chose, m’éloignant de ma vie et de mon couple. Je me sentais en apnée et j’avais besoin de respirer. Au même moment ma compagne est tombé enceinte d’un deuxième enfant. J’ai essayé de me recentrer, de me faire aider par une psychologue, mais il était trop tard. La dérive a continué, causant de grandes souffrances dont je culpabiliserai peut-être toute ma vie.

Notre deuxième fils est né en juin 2018, mais la dégradation était trop avancée, et le couple s’est officiellement brisé au mois d’octobre.

Ici peu importe les détails, puisqu’il s’agit de parler du cancer. Ce que je souhaite surtout transmettre est l’importance du suivi et du recul à prendre pendant la maladie, et même après. Encore plus dans le cas du cancer du testicule, où tout va très vite et se passe généralement très bien. Trop bien peut-être, même si évidemment on ne peut pas se plaindre que ce cancer se traite aujourd’hui de la meilleure des façons, et que tous les malades ne connaissent pas cette chance. Le fait que tout se soit réglé en 10 jours, entre le diagnostic et l’opération me mettant quasiment définitivement à l’abri de toute récidive, n’a pas incité à la réflexion ou au recul sur ce qui s’était passé. Il en a résulté une envie de vivre plus forte que jamais et nous avons donc avancé à fond, sans réfléchir, sans prendre le temps de s’arrêter quelques temps pour faire le point et réaliser ce qui s’était réellement passé. La pression s’est accumulée durant un an, jusqu’à l’explosion irréversible. Le diable était sorti de sa boîte, impossible de l’y remettre. S’est peut-être greffée là-dessus la « fameuse crise de la quarantaine » en approche, puisque j’avais 36 ans au moment de la maladie, 37 quand je suis partie en vrille. Ma compagne et moi aurions peut-être dû partir en vacances après la maladie et avant de faire quoi que ce soit. Nous aurions dû sans doute parler de nos ressentis respectifs. J’aurais dû voir un psychologue pour faire le point. Tout cela est facile à dire avec le recul, et il ne sert à rien de regretter. À l’époque il était impossible de voir arriver le violent retour de bâton qui allait bouleverser nos vies.

Je ne sais pas si quelqu’un lira cela, mais si vous êtes arrivé ici suite à la découverte ou un soupçon de cancer, je ne peux que vous conseiller de vous faire aider ou soutenir psychologiquement, à plus forte raison encore si celui-ci se traite bien et que tout se déroule très vite. C’est un peu le paradoxe de cette expérience : c’est parce que tout s’est bien passé au niveau physique que je n’ai pas pris le temps de gérer le mental. Je n’en ressentais pas le besoin, tout bêtement. Pourtant mon urologue m’avait indiqué que je pouvais consulter des professionnels au sein de l’hôpital en cas de besoin.

En conclusion, aujourd’hui mes deux enfants vont bien. Mon ex-compagne semble s’être remise de cette douloureuse expérience, mais nous avons toujours été d’accord pour mettre les enfants au centre de nos priorités et c’est l’essentiel. Je continue à consulter ma psychologue chaque semaine et j’avance du mieux possible, avec le bagage qui est le mien.

Mieux vaux prévenir que guérir, comme on dit, mais c’est aussi valable sur le plan psychologique : n’attendez pas que ça aille mal et allez parler de votre expérience le plus tôt possible, peut-être dès le diagnostic… A plus forte raison si tout se passe très bien pour vous. Un cancer n’est pas anodin et même s’il se traite très bien, il aura un impact sur votre esprit.

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